Le « tortionnaire de Moudon » condamné à 13 ans de prison
Avocat du prévenu, Albert Habib fera appel au Tribunal cantonal après la condamnation de son client.
Photo: KEYSTONE/CYRIL ZINGAROLe 'tortionnaire de Moudon' écope de 13 ans de prison. Il a été condamné mardi par le Tribunal criminel de Lausanne qui l'a reconnu coupable d'avoir infligé de multiples sévices à une quinzaine de victimes entre 2009 et 2018.
La durée de sa peine sera réduite des plus de 8 ans qu'il a déjà purgés en prison avant le jugement, mais aussi de près de 2 ans pour les jours passés dans des conditions de détention illicites.
En revanche, le prévenu devra s'astreindre à un traitement psychologique en milieu fermé en raison d'un 'degré de dangerosité toujours élevé', a estimé le Tribunal, lors d'une lecture de jugement suivie par une cinquantaine de personnes dans la salle cantonale de Renens.
Désormais condamné, le trentenaire vaudois a longtemps fait régner la terreur sur une petite communauté de jeunes en rupture, qu'il accueillait dans son appartement de Moudon.
'Mises en scène macabres'
Ses souffre-douleurs, femmes ou hommes, ont subi de nombreux actes de violence, qui s'apparentaient parfois à des séances de torture, entre coups, menaces avec un couteau, brûlures, étranglements ou simulation de noyade. Sous son emprise et par peur des représailles, plusieurs victimes n'ont jamais porté plainte.
Le jugement rendu mardi a mentionné des actes d'une 'cruauté extrême' commis sur 'un nombre impressionnant de victimes'. Pour les cas les plus graves, les juges ont évoqué *des mises en scène macabres qui glacent le sang.'
Le prévenu a été condamné, entre autres, pour viol qualifié, lésions corporelles graves, séquestration aggravée, menace ou encore mise en danger de la vie d'autrui.
Peine réduite
Selon le Tribunal, l'accumulation de ces infractions aurait pu valoir 18 ans et 3 mois de prison. La peine a toutefois été réduite en raison de l'écoulement du temps et d'une violation du principe de célérité, la procédure ayant été inhabituellement longue (8 ans).
Les juges ont aussi retenu, à décharge, la 'situation personnelle très difficile' de l'accusé, lui qui a vécu une enfance et adolescence chaotiques, avec notamment des parents toxicomanes.
A noter que trois complices du prévenu, qui l'avaient aidé à tendre un guet-apens à une autre victime, ont aussi été condamnés mardi. Leurs peines vont de 22 à 26 mois de prison, mais avec sursis.
Appel de la défense
A l'issue de la lecture du jugement, la procureure Claudia Correia a dit 'prendre acte', se montrant globalement 'satisfaite' même si la peine est plus faible que celle requise (15 ans). Elle s'est notamment réjouie que le Tribunal ait prononcé un traitement psychologique en milieu fermé, ce qui permet de préserver 'la sécurité publique'. La procureure souhaite encore étudier le jugement avant de se prononcer sur un éventuel appel.
Avocat de la défense, Albert Habib annonce, lui, qu'il fera appel en raison de ce traitement en milieu fermé qu'il juge inadéquat. Il avait plaidé, à la place, pour un traitement ambulatoire. Il se montre, en revanche, 'plutôt satisfait' de la peine, qui se rapproche de ce qu'il avait demandé (12 ans).
De son côté, Baptiste Viredaz, l'un des avocats des victimes, a reconnu 'un sentiment mitigé'. Il a estimé que ce jugement permettait aux victimes 'd'avancer dans leur processus de reconstruction', mais regretté que toutes les infractions n'aient pas été retenues.
Nouveau procès à venir
Cette affaire hors-normes, tant par sa durée (8 ans de procédure, 7 jours de procès) que par la cruauté des actes commis, n'est pas encore terminée. Outre l'appel au Tribunal cantonal, un autre procès aura lieu prochainement pour de nouveaux faits (des viols) qui sont apparus en cours d'audience.
/ATS