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France: Bally Bagayoko, un maire au milieu de la révolte lycéenne

10.10.2026 09h19

France: Bally Bagayoko, un maire au milieu de la révolte lycéenne

Bally Bagayoko, le maire de Saint-Denis propulsé sur le devant de la scène par la révolte lycéenne.

Photo: Keystone/AP/THOMAS PADILLA

Son nom cité sur les chaînes d'informations internationales, son prénom scandé par des ados en liesse: à la faveur du mouvement lycéen, le maire de Saint-Denis, au nord de Paris, Bally Bagayoko voit autant sa popularité grandir que les critiques fuser.

Jeudi, les jeunes manifestants réunis place de la Bastille, à Paris, ont acclamé l'élu d'origine malienne de 53 ans, figure montante de La France insoumise (LFI, gauche radicale), aux cris de 'Bally, Bally', alors qu'il enchaînait les selfies.

Devant les caméras, il a demandé au président Macron de 'présenter ses excuses aux familles dont les enfants ont été blessés' par les forces de l'ordre depuis le début de la mobilisation lycéenne mi-septembre en France.

Deux jours plus tôt, l'édile en costume-cravate avait remis en place des jeunes qui lançaient des projectiles devant un lycée de sa ville, tentant notamment d'arrêter ceux qui faisaient tanguer une voiture.

Quelques heures plus tard, il s'interposait à Paris entre des manifestants et les forces de l'ordre, en criant 'Arrêtez! Reculez! Arrêtez de pousser!'. Des images qui ont fait le tour du monde.

Kirill Dmitriev, un influent conseiller du président russe, dont le pays est habitué d'ingérences dans la politique française, a reposté la dernière scène, décrivant Bally Bagayoko comme le 'Robespierre de la Révolution française 2.0'.

'T'es un bon wlh' (wlh pour wallah ou je te jure, ndlr), a lancé, dans un autre registre, le basketteur français star Victor Wembanyama sur X à l'adresse de Bally Bagayoko.

En réponse au maire qui avait félicité le sportif pour son soutien au mouvement lycéen.

Bally Bagayoko 'vient de quartiers comme nous, il nous comprend, il nous défend', explique à l'AFP Jules, élève au lycée, où adolescent, Bally Bagayoko a été scolarisé.

'Il sait comment est la police, il a connu ce genre de choses', poursuit Jules. 'Il sait qu'elle cherche juste à nous provoquer pour qu'on réagisse', soupire-t-il.

Sous les feux des projecteurs, le maire insiste cependant sur le fait que 'c'est la jeunesse qui doit rester l'icône et le symbole important de cette révolution citoyenne.'

Dans un entretien à l'AFP vendredi, il se réjouit toutefois d'être 'reconnu' par ces jeunes en colère 'comme un allié'.

Un lien évident pour cet ancien entraîneur de basket et éducateur qui a grandi en cité.

'Les revendications des lycéens viennent dans la continuité de ce que nous avions par le passé peut-être insuffisamment porté,' confie l'élu.

En 1991, l''un de(s)es amis', Stéphan Villaret, élève dans son lycée, a été tué par la chute d'un panneau de basket rouillé dans la cour de leur établissement.

Inspiration pour la jeunesse

La semaine dernière, Bally Bagayoko a toutefois déclenché une tempête politique en déclarant, au milieu de lycéens en grève, que 'la violence, à un moment donné, peut être légitime'. Avant de nuancer: 'Chaque fois qu'on peut l'éviter, c'est mieux'.

Des propos qui lui ont valu un signalement par le préfet de police de Paris Patrice Faure qui a saisi la justice pour 'des faits présumés de provocation à commettre un délit'.

Cette procédure a été 'complètement désavouée par les images et les faits', affirme Bally Bagayoko, insistant sur le fait qu'il 'agit bien pour apaiser'.

Eric Ciotti, maire de Nice (sud-est) et allié du Rassemblement national (RN, extrême droite), a été jusqu'à demander sa 'révocation'.

L'élu LFI, lui, réitère sa volonté de 'réinterroger la doctrine d'intervention' des forces de l'ordre, alors que plusieurs mineurs ont été gravement blessés depuis le début du mouvement lycéen.

'Quand on a des enfants en face de soi, on ne les traite pas comme des adultes et on ne leur tire pas dessus à bout portant, on ne leur casse pas la mâchoire', insiste l'édile.

Élu dès le premier tour en mars, le maire a engagé un processus de désarmement de sa police municipale.

Aux accusations d'instrumentalisation de la mobilisation lycéenne, l'insoumis répond en critiquant 'la lâcheté avec laquelle certaines formations politiques ont préféré faire le choix du silence'.

'Par son silence, le président vient confirmer à nouveau ce sentiment de mépris, de déclassement auquel ces lycéens sont confrontés', tance l'élu.

Son engagement auprès des jeunes fait en tout cas la fierté de lycéens de sa ville. 'Pour moi, il est très courageux', estime Diane. 'Ça m'inspire beaucoup, il n'y a pas que la jeunesse qui est avec nous.'

/ATS