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Stan Wawrinka, le plus grand sportif romand de l'histoire

29.10.2026 05h00

Stan Wawrinka, le plus grand sportif romand de l'histoire

Stan Wawrinka a fait ses adieux au tennis professionnel mardi soir à Bâle.

Photo: KEYSTONE/EPA/CLAUDIO THOMA

Le plus grand sportif romand de l’histoire tire sa révérence. En raison de l'universalité de son sport et de son palmarès, Stan Wawrinka restera à jamais comme 'le' numéro un de la Suisse romande.

Victorieux de trois titres du Grand Chelem en plein cœur de l'emprise presque totale exercée par les membres du Big Four - Roger Federer, Rafael Nadal, Novak Djokovic et Andy Murray - sur le Circuit, Stan Wawrinka fut bien un joueur singulier.

Qui aurait imaginé jusqu'en janvier 2014 le voir inscrire son nom au palmarès d'un tournoi du Grand Chelem ? Son sacre à Melbourne acquis notamment après des succès sur Novak Djokovic et sur Rafael Nadal fut une immense sensation que personne n'avait vraiment vue venir. Mais elle répondait aussi à une logique implacable. Et c'est bien là tout le paradoxe.

Il a pris son temps

Pour paraphraser Albert Einstein, Stan Wawrinka c'était presque 1 % de talent et 99 % de travail. Il l'a d'ailleurs toujours affirmé, à 18 ans ou à plus de 40 ans, que c'était bien dans la sueur où se nichait son bonheur.

Et en ce mois de janvier 2014, personne ne frappait aussi fort dans la balle que Stan Wawrinka. Personne n'avait le même coffre que Stan Wawrinka. Alors âgé de 28 ans, le Vaudois donnait enfin sa pleine mesure. Celui qui fut champion juniors à Roland-Garros en 2003 a tout simplement pris son temps. Tapi dans l'ombre de Roger Federer, il a surgi sans doute à l'instant où on ne l'attendait plus vraiment.

Le déclic s'est sans doute opéré une année plus tôt sur cette même Rod Laver Arena. En huitième de finale, il livrait un combat magnifique de 5h02' face à Novak Djokovic. Battu 12-10 au cinquième set, le joueur de Saint-Barthélemy a signifié ce jour-là qu'il avait franchi un cap. Qu'il pouvait s'inviter parfois à la table des grands. Comme si sa finale à Rome en 2008 pour sa première entrée dans le top 10 et son quart de finale à l'US Open en 2010 demandaient confirmation.

La victoire à Melbourne ne fut pas sans lendemain lors de cette année 2014, la première du reste de sa vie. Au printemps, il triomphait à Monte-Carlo avec son succès en finale face à Roger Federer. Les deux hommes devaient ensuite unir leurs talents pour une campagne de Coupe Davis conclue en apothéose à Lille face aux 'Mousquetaires' français, dans une finale qui devait susciter un engouement sans précédent.

Vainqueur de Jo-Wilfried Tsonga dans le premier simple du vendredi qui était sans doute un match couperet, Stan Wawrinka fut bien le grand artisan de cette victoire même s'il n'a pas gagné le troisième point décisif. Comme toujours ou presque, la lumière fut pour Roger Federer.

Seul contre la Suisse entière

La stature du Bâlois, 'Mister Tennis' tout simplement pour beaucoup, fut à la fois pour Stan Wawrinka un handicap souvent insurmontable et un atout. Un handicap dans la mesure où il fut bien longtemps décrit comme 'le Suisse qui perd' et où il avait le sentiment de ne pas se battre à armes égales contre un joueur qui bénéficiait de bien des faveurs dans la programmation, comme ce quart de finale de l'Open d'Australie 2011 agendé mystérieusement l'après-midi plutôt qu'en 'night session' dans des conditions de jeu qui l'auraient bien mieux servi. Un avantage aussi dans la mesure où Stan Wawrinka a sans doute compris qu'il devait en faire plus que les autres pour obtenir une la reconnaissance qu'il méritait. Ce sentiment d'être seul contre la Suisse entière l'a rendu plus fort.

Etre dans la peau du petit Suisse qui s'est fait tout seul face à ces joueurs français nés avec une cuillère en argent grâce à la puissance financière de leur fédération ne lui déplaisait pas non plus. A Lille en 2014, il était prêt à mourir sur le court pour gagner ce fameux point contre Tsonga. Six mois plus tard à Roland-Garros où il avouera n'avoir jamais aussi bien joué de sa vie, son parcours vers le Graal est passé, bien sûr, par Roger Federer en quart de finale et par Novak Djokovic en finale.

Mais face à Gilles Simon en huitième de finale et Tsonga en demi-finale, Stan Wawrinka était habité par cette force intérieure qui lui interdisait de perdre contre un Français à Roland-Garros. Les propos malheureux de Jo-Wilfried Tsonga après sa victoire à Melbourne - 'Cela aurait mérité que cela soit moi, mais c'est comme ça' - ont longtemps résonné dans les oreilles de celui qui a été désigné meilleur sportif suisse 2015 après avoir été élu personnalité suisse de l'année 2013.

L'ultime combat

Avant d'être trahi par son corps à l'été 2017, Stan Wawrinka a eu le temps de parachaver son œuvre avec sa victoire à l'US Open en 2016. Comme à Paris une année plus tôt, sa victime en finale fut Novak Djokovic. Et comme à Paris, il avait su surmonter la perte du premier set pour prendre les commandes du match.

Au printemps 2017, il livrait son dernier grand combat en demi-finale à Roland-Garros pour battre Andy Murray 6-1 au cinquième set après 4h34' de match. Ses jambes et son souffle l'avaient porté une ultime fois vers des contrées qu'il n'aurait jamais sans doute rêvé explorer lorsqu'il avait fourbi ses armes avec son frère sur les tournois Futures en Espagne. Ce voyage avait commencé en octobre 2001 à El Ejido en Andalousie face à un certain Jorge Jimenez-Letrado alors 1368e au classement ATP. Il l'a mené un quart de siècle plus tard au firmament du sport suisse.

/ATS